Gille-Ferma — 2500 photos de catalogue. Ce que ce projet m'a appris.
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Gille-Ferma — 2500 photos de catalogue. Ce que ce projet m'a appris.

15 juin 2026 5 min de lecture

Il y a des projets qui te font progresser. Pas parce qu'ils sont spectaculaires, mais parce qu'ils te forcent à résoudre des problèmes que tu n'avais pas anticipés.

Le projet Gille-Ferma, c'était ça.

Gille-Ferma, c'est une entreprise belge en deux entités : Gille, fondée en 1866, qui fabrique et assemble une gamme complète d'outillage à main pour le jardinage, l'agriculture et le bâtiment — et Ferma, qui commercialise des produits complémentaires dans le même réseau. Une histoire longue, un savoir-faire ancré, et un catalogue qui n'attendait plus que des images à sa hauteur.

Le brief de départ était simple : photographier l'ensemble du catalogue. Pelles, bêches, râteaux, fourches — des manches qui font parfois 180 cm. Fond blanc pur. Cadrage cohérent sur toute la série. Livraison en haute résolution pour catalogue papier et e-commerce.

Simple sur le papier. Moins simple quand tu te retrouves avec un outil de 180 cm à faire tenir droit, seul, parfaitement vertical, sur un fond blanc.

Setup studio proof of concept avant le shooting Ferma Le setup en proof of concept à la maison — tester les solutions avant d'arriver chez le client.


Le vrai problème d'un packshot en volume

Quand on parle de photo produit, on pense souvent à l'image finale. Propre, lumineuse, sans ombre parasite. Mais sur une série de 2500 références, la vraie question n'est pas esthétique — c'est la répétabilité.

Chaque image doit ressembler à la suivante. Même axe, même hauteur, même traitement de lumière, même ombre. Parce qu'un catalogue où les images ne sont pas homogènes, ça se voit immédiatement. Et ça renvoie une image peu professionnelle du client — pas du photographe.

J'ai réfléchi à plusieurs systèmes de maintien pour les grands outils :

  • Fil de nylon — séduisant sur le papier. En pratique, il se voit presque toujours sur fond blanc exposé, crée une ombre fine mais longue, et rend la répétabilité très difficile sur une série.
  • Support transparent (plexi) — même piège. Le plexi réfracte la lumière, crée des zones gris laiteux, et chaque image devient un cas particulier en retouche.
  • Base lourde + pince basse — plus de post-production visible, mais une retouche toujours au même endroit, toujours la même forme, automatisable. Sur 2500 images, c'est ça qui fait la différence.

La leçon que j'en tire : en packshot de série, la régularité vaut plus que l'astuce. Mieux vaut assumer une contrainte connue et maîtrisée qu'essayer d'en éviter une pour en créer trois autres ailleurs.

Setup tethering sur place chez Ferma Sur place chez Ferma — tethering, double boîtier, poste de contrôle. L'organisation qui permet la répétabilité.


La décision la plus rentable du projet

2500 images. Fond blanc pur. Détourage, cadrage carré, export.

J'ai calculé ce que ça me coûterait de faire la retouche moi-même : entre 9 et 12 jours pleins, à raison de 7 heures par jour. Deux semaines où je ne facture rien d'autre, où ma créativité tourne à vide sur une tâche répétitive.

J'ai externalisé à un prestataire spécialisé sur Fiverr. Test préalable sur un batch limité, retours précis, contrôle qualité à chaque livraison. Le résultat était propre, cohérent, dans les délais.

Ce n'est pas une question de paresse. C'est une question de bon sens économique : déléguer ce qui est mécanisable pour garder son énergie sur ce qui nécessite un vrai regard.


Ce que le projet m'a appris sur le dialogue client

Ce projet, c'est aussi une collaboration avec Umberto Ambra, l'administrateur de Gille-Ferma. Quelqu'un qui connaît ses produits, ses revendeurs, et ce que les images doivent faire exactement dans la chaîne commerciale.

On a pris le temps de parler avant de shooter. De comprendre l'usage exact de chaque image, les contraintes du catalogue, les attentes des revendeurs. Ce dialogue préalable a changé des décisions techniques concrètes — orientation des outils, traitement des ombres, choix du cadrage.

Quand le client sait ce qu'il veut et que le photographe prend le temps d'écouter, le brief devient une direction claire. C'est ce qui fait la différence entre une série homogène et un catalogue bancal.

"Ce n'est pas parce que c'est du packshot industriel que ça se fait sans réflexion."


Ce que j'aurais fait différemment

Une chose, principalement :

Mieux cadrer l'amplitude du catalogue en amont. Pas par manque de communication — Umberto lui-même n'avait pas une vision complète du volume au démarrage. Mais sur un projet de cette taille, investir du temps en début de projet pour cartographier précisément le nombre de références, les familles de produits et les variations, c'est du temps récupéré dix fois ailleurs. C'est ce type de brief détaillé que j'intègre systématiquement maintenant avant de déclencher.

Sur le JPEG : j'ai fait le choix conscient de shooter en JPEG après avoir mesuré et verrouillé ma lumière. Sur une série industrielle répétitive avec des conditions stables, c'est une décision technique défendable — elle a amélioré la fluidité du workflow et la lisibilité de l'avancement en temps réel. Ce n'était pas une prise de risque, c'était une mesure de contrôle.


Un projet de packshot en volume, c'est un exercice d'organisation autant que de photographie. J'en sors avec des process plus solides, et la confirmation que bien travailler, ça commence souvent avant de déclencher.